Dimitri de Larocque Latour Photographie
La Voie Féerie
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Dimitri de Larocque Latour

Dimitri de Larocque Latour

Crédit photo : Justine P.

Ce qu’il y a d’un peu délicat dans l’homme ne sympathise qu’avec des fantômes et des ombres.

– Henri de RÉGNIER

Une Dame blanche s’est penchée sur mon berceau. Enfant, je passe souvent mes vacances en Normandie, près de l’abbaye de Mortemer. Il faut, pour y accéder, traverser la forêt de Lyons, la plus grande hêtraie d’Europe. Sur cette forêt courent beaucoup de légendes, dont celle de la Dame blanche… Mathilde l’Emperesse, fille d’Henri Ier Beauclerc, le plus jeune fils de Guillaume le Conquérant, aurait été cloîtrée à Mortemer pendant cinq ans par son père, en raison d’une jeunesse dissolue. Si éprouvée par ces cinq années de tristesse, elle reviendrait hanter l’abbaye et la forêt alentours. A chaque traversée, on me répète : « Voir Mathilde gantée de blanc annonce un grand bonheur, gantée de noir, une mort prochaine ! ». Alors, cette figure de la Dame blanche me fascine ; je crains de la voir autant que je le désire. Dans le même temps, je découvre, exposées à Mortemer, les œuvres d’un oncle inspiré par toutes les légendes normandes ou vendéennes. Meneur de Loups, Fée Mélusine, Dames blanches… Ces personnages sont mis en scène en des lieux spectaculaires : sur une route chaotique dominée par un burg, dans un bocage piqué d’arbres morts, assis sur le bord d’un calvaire, etc. Aujourd’hui, mon œil cherche à retrouver ces motifs symboliques dans les paysages que je traverse.

La révélation photographique, elle, intervient en 2006, quand je découvre l’ouvrage La France hantée, du britannique Sir Simon Marsden. Au-delà de sa technique infrarouge, l’artiste, Simon Marsden, m’intéresse beaucoup. Nos pas se croisent souvent dans certains lieux et je vois sa silhouette mélancolique de chasseur de fantômes essayer, elle aussi, de chercher sa paix parmi des monuments cherchant la leur. Par ailleurs, comment oublier les œuvres de Caspar David Friedrich et de John Atkinson Grimeshaw ? Leurs paysages, au clair de lune ou au crépuscule sont si puissants ! Les dessins de Ruth Brown, auteure notamment d’Une histoire sombre, très sombre (Gallimard Jeunesse), ont aussi marqué ma jeune imagination. Après un détour par la peinture, il y a dix ans, je suis revenu vers la photographie. Pour évoquer les mondes extraordinaires, elle est une manière de preuve, de constat. Le réel est aussi féerique que les mondes imaginaires – et certainement davantage.

Enfin faut-il dire que mon second prénom est Merlin. Par ma quête insolite, je cède à son appel, l’appel du mystère ; cet appel qui passe les portes à demi-éboulées et les futaies obscures pour conduire en des lieux que seule connaît la lune.

Présence, disparation et rémanence… voilà les trois grands sujets de ma quête photographique.